dimanche 3 août 2014

Tour Canard

 Sans canards mais avec des Rennes et des léopards

Vous vous demandez ce que ça peut bien vouloir dire que ce titre accrocheur. Non je ne suis pas parti des Kerguelen pour aller me perdre dans la savane africaine à la poursuite de léopards ou dans les steppes lapones à la recherche de rennes. Non, je suis bel et bien à Kerguelen et j’ai fait une manip.
Mais pas n’importe quelle manip. LA manip canard ! Chaque année c’est LA manip qui casse ses manipeurs. En 15 jours, l’ornithologue de la réserve naturelle doit effectuer un comptage complet du nombre de canards sur le tour courbet lors de la période de reproduction. En 15 jours, il effectue près de 400km et comptabilise jusqu’à 4000 canards. Il découpe le parcours en 2 parties et j’ai participé à la 2ème. Et sur cette manip, nous avons à la fois eu de la chance et pas de chance. A part les 2 premiers jours, la météo était la pire qu’on pouvait espérer, annihilant toute chance de voir des canards. En revanche, nous avons pu observer des rennes et un léopard des mers, chose exceptionnelle car ils ne viennent sur nos plages que très rarement, plutôt en hiver et généralement pour se reposer car malades ou mal en point.

 Les léopards des mers

sont des mammifères marins de la famille des phoques. Ils ont à peu près la taille des éléphants de mer mais avec une tête plus allongée faisant penser à un serpent, des dents acérées faisant penser à un crocodile, 3 à 4 mètres de long et environ 500kg pour la femelle, les mâles sont un peu plus petits. Ils vivent tout autour du continent antarctique, ne remontant que très rarement à nos latitudes. Bref, ce sont de redoutables prédateurs marins. Etablissons tout de suite un barème : les léopards sont plus rares que les rennes qui eux même, sont plus difficiles à observer que les canards. Disons donc, un renne vaut 10 canards et un léopard 100.

 Nous sommes donc partis

le lundi 21 juillet pour rallier Cataractes. Le comptage sur ce transit ayant déjà été effectué sur la première partie, nous n’avions pas à nous soucier des canards pour le moment. Au détour d’une bosse, Matthieu qui était un peu en avant de Yves et moi, se retourne et me fait signe d’avancer sans bruit, ce que je fais sur quelques mètres pour ensuite voir 4 rennes à seulement une vingtaine de mètres de nous. Ils nous repèrent rapidement et s’éloignent. Finalement nous arrivons à cataractes, rennes 4, canards 0.
Le lendemain, arrive le transect de la mort : un transit inédit Cataractes-Ratmanoff, qui coupe en plein travers de la péninsule Courbet. Qu’est ce qui nous attend là-dedans ? des lacs ? des rivières ? des souilles ? tout ça à la fois ? C’est 30kms d’inconnu. Finalement, il y aura des lacs à contourner, des rivières à traverser, des souilles à éviter mais rien de bien anormal. En revanche, le terrain était difficile : on marchait tantôt sur des cailloux, tantôt sur des rochers, tantôt sur des boules d’Azorelles. Rappelez vous lorsque vous sautiez de rocher en rocher sur les digues étant petit… eh bien nous avons fait ça pendant 8h… Huuum un délice. Sur ce transect, nous avons compté 12 canards et 8 rennes. Arrivés à Ratmanoff, nous en sommes donc à 12 rennes et 12 canards. Le lendemain est annoncée une belle météo : 40 nœuds de vent en pleine face, rafales à 50, averses de neige et grésil et -4°C au thermomètre.  Nous devons rallier Morne en passant par l’intérieur des terres et le mont Bungay. Donc, en plus de la météo, nous devrons esquiver les lacs et souilles à moitié gelés dont une aura Yves, un peu trop téméraire lors d’une traversée de rivière. Résultat, 9 canards. Le lendemain, re-belotte, même météo, le vent a tourné de façon à ce qu’on ait encore le vent de face sur le transit inverse Morne – Ratmanoff en passant par la côte. Là encore, une souille prendra Yves par surprise qui en aura au dessus de la taille et qui y laissera la moitié d’un bâton… Ca ne pardonne pas de se faire avoir par une souille.  Résultat: 7 canards. Il nous reste 2 journées pour terminer, un transit sans comptage vers Morne puis un transect Morne-PAF. Evidemment, le vent a re-tourné et on l’a encore de face, moins fort certes, mais suffisamment pour être obligé de mettre des lunettes. La première journée est belle, et c’est là, sur la plage, à 45 minutes de Ratmanoff, qu’on voit notre petit léopard des mers. On prend quelques photos et on continue. Et enfin, le dernier jour, on part pour notre dernier comptage. A ce jour nous en sommes à 33 canards, 12 rennes et 1 léopard, pour 116km : les rennes gagnent ! En partant, la météo est un peu plus favorable pour les canards et nous voyons un groupe de 300 d’un coup. Les canards repassent en tête et y resteront jusqu’à la fin de cette manip. Une dernière surprise nous attend à la traversée de la rivière château. Il y a beaucoup d’eau nous empêchant de passer à l’estuaire; nous remontons alors la rivière pour passer au gué habituel où l’eau nous arrive à la cheville en tout temps. Malheureusement, avec les fortes pluies des derniers jours et le redoux soudain du jour (6°C ce jour là), au gué, nous avons de l’eau à mi-cuisse et le courant est fort. Tant pis, nous finirons les 45 dernières minutes mouillés : on fonce !

 Là ne s’arrête pas l’aventure,

le planning étant serré, je dois repartir le lendemain en tracteur pour ravitailler Morne et Ratmanoff. J’ai donc l’après midi pour tout préparer, charger et arrimer. En oubliant le moins de choses possible.
Nous partons donc le dimanche 27 au levé du jour à 7h. Après 7h de tracteur et une petite pause à Morne, nous arrivons sur la plage de Ratmanoff. Et là, miracle, un autre léopard nous attend sagement sur la page. Il est différent du premier mais aussi calme ou fatigué et se laisse donc photographier sans problème. La manip se passe, un jour sur place et nous rentrons le mardi. Départ 8h, et après 4h, sur la plage devant Morne un 3ème léopard très mal en point nous attend. Au final, j’aurai vu 3 léopards en une semaine et avec les autres manipes dans le secteur, nous aurons eu 6 observations de léopards différentes, sur au minimum 4 individus. Les léopards gagnent !

léopard 1

léopard 1

léopard 2

léopard 2

léopard 3

léopard 3

Mathieu à la traversée facile de Rivière de l'Est

moi dans la tempête

otarie mâle

tapis d'acaena et le lac devant les monts du Château

tapis d'azorelles devant les monts du Château

Yves à la traversée facile de rivière de l'Est

Voilà, là s’arrête mon récit du jour où j’ai vu les léo !

Vous pouvez éteindre votre ordinateur et reprendre une activité normale.

1 commentaire:

  1. Dans la tempête, même avec ton masque, je t'ai reconnu... Oui oui, c'est vrai :)
    Et puis dis donc, tu vas pouvoir écrire un roman !
    Bisous de Haute-Savoie ou l'été se fait appeler "Désiré".

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