Sans canards mais avec des Rennes et des
léopards
Vous vous demandez ce que ça peut bien vouloir dire que ce
titre accrocheur. Non je ne suis pas parti des Kerguelen pour aller me perdre
dans la savane africaine à la poursuite de léopards ou dans les steppes lapones à
la recherche de rennes. Non, je suis bel et bien à Kerguelen et j’ai fait une
manip.
Mais pas n’importe quelle manip. LA manip canard ! Chaque
année c’est LA manip qui casse ses manipeurs. En 15 jours, l’ornithologue de la
réserve naturelle doit effectuer un comptage complet du nombre de canards sur
le tour courbet lors de la période de reproduction. En 15 jours, il effectue près
de 400km et comptabilise jusqu’à 4000 canards. Il découpe le parcours en 2
parties et j’ai participé à la 2ème. Et sur cette manip, nous avons
à la fois eu de la chance et pas de chance. A part les 2 premiers jours, la
météo était la pire qu’on pouvait espérer, annihilant toute chance de voir des
canards. En revanche, nous avons pu observer des rennes et un léopard des mers, chose exceptionnelle car ils ne viennent sur nos plages que très rarement,
plutôt en hiver et généralement pour se reposer car malades ou mal en point.
Les léopards des mers
sont des mammifères marins de la famille des phoques. Ils
ont à peu près la taille des éléphants de mer mais avec une tête plus allongée
faisant penser à un serpent, des dents acérées faisant penser à un crocodile, 3
à 4 mètres de long et environ 500kg pour la femelle, les mâles sont un peu plus petits. Ils vivent tout autour du continent antarctique, ne remontant que
très rarement à nos latitudes. Bref, ce sont de redoutables prédateurs marins.
Etablissons tout de suite un barème : les léopards sont plus rares que les
rennes qui eux même, sont plus difficiles à observer que les canards. Disons donc, un renne vaut 10 canards et un léopard 100.
Nous sommes donc partis
le lundi 21 juillet pour rallier Cataractes. Le comptage sur
ce transit ayant déjà été effectué sur la première partie, nous n’avions pas à
nous soucier des canards pour le moment. Au détour d’une bosse, Matthieu qui
était un peu en avant de Yves et moi, se retourne et me fait signe d’avancer
sans bruit, ce que je fais sur quelques mètres pour ensuite voir 4 rennes à
seulement une vingtaine de mètres de nous. Ils nous repèrent rapidement et
s’éloignent. Finalement nous arrivons à cataractes, rennes 4, canards 0.
Le lendemain, arrive le transect de la mort : un transit
inédit Cataractes-Ratmanoff, qui coupe en plein travers de la péninsule Courbet. Qu’est
ce qui nous attend là-dedans ? des lacs ? des rivières ? des
souilles ? tout ça à la fois ? C’est 30kms d’inconnu. Finalement, il y
aura des lacs à contourner, des rivières à traverser, des souilles à éviter
mais rien de bien anormal. En revanche, le terrain était difficile : on
marchait tantôt sur des cailloux, tantôt sur des rochers, tantôt sur des boules
d’Azorelles. Rappelez vous lorsque vous sautiez de rocher en rocher sur les
digues étant petit… eh bien nous avons fait ça pendant 8h… Huuum un délice. Sur
ce transect, nous avons compté 12 canards et 8 rennes. Arrivés à Ratmanoff, nous
en sommes donc à 12 rennes et 12 canards. Le lendemain est annoncée une belle météo :
40 nœuds de vent en pleine face, rafales à 50, averses de neige et grésil et
-4°C au thermomètre. Nous devons rallier
Morne en passant par l’intérieur des terres et le mont Bungay. Donc, en plus de
la météo, nous devrons esquiver les lacs et souilles à moitié gelés dont une
aura Yves, un peu trop téméraire lors d’une traversée de rivière. Résultat, 9
canards. Le lendemain, re-belotte, même météo, le vent a tourné de façon à ce
qu’on ait encore le vent de face sur le transit inverse Morne – Ratmanoff en
passant par la côte. Là encore, une souille prendra Yves par surprise qui en
aura au dessus de la taille et qui y laissera la moitié d’un bâton… Ca ne
pardonne pas de se faire avoir par une souille. Résultat: 7 canards. Il nous reste 2 journées
pour terminer, un transit sans comptage vers Morne puis un transect Morne-PAF.
Evidemment, le vent a re-tourné et on l’a encore de face, moins fort certes,
mais suffisamment pour être obligé de mettre des lunettes. La première journée
est belle, et c’est là, sur la plage, à 45 minutes de Ratmanoff, qu’on voit notre
petit léopard des mers. On prend quelques photos et on continue. Et enfin, le
dernier jour, on part pour notre dernier comptage. A ce jour nous en sommes à 33
canards, 12 rennes et 1 léopard, pour 116km : les rennes gagnent ! En
partant, la météo est un peu plus favorable pour les canards et nous voyons un
groupe de 300 d’un coup. Les canards repassent en tête et y resteront jusqu’à
la fin de cette manip. Une dernière surprise nous attend à la traversée de la rivière
château. Il y a beaucoup d’eau nous empêchant de passer à l’estuaire; nous
remontons alors la rivière pour passer au gué habituel où l’eau nous arrive à
la cheville en tout temps. Malheureusement, avec les fortes pluies des derniers
jours et le redoux soudain du jour (6°C ce jour là), au gué, nous avons de
l’eau à mi-cuisse et le courant est fort. Tant pis, nous finirons les 45
dernières minutes mouillés : on fonce !
Là ne s’arrête pas l’aventure,
le planning étant serré, je dois repartir le lendemain en
tracteur pour ravitailler Morne et Ratmanoff. J’ai donc l’après midi pour tout
préparer, charger et arrimer. En oubliant le moins de choses possible.
Nous partons donc le dimanche 27 au levé du jour à 7h. Après
7h de tracteur et une petite pause à Morne, nous arrivons sur la plage de
Ratmanoff. Et là, miracle, un autre léopard nous attend sagement sur la page. Il
est différent du premier mais aussi calme ou fatigué et se laisse donc
photographier sans problème. La manip se passe, un jour sur place et nous
rentrons le mardi. Départ 8h, et après 4h, sur la plage devant Morne un 3ème
léopard très mal en point nous attend. Au final, j’aurai vu 3 léopards en une
semaine et avec les autres manipes dans le secteur, nous aurons eu 6
observations de léopards différentes, sur au minimum 4 individus. Les léopards
gagnent !
 |
| léopard 1 |
 |
| léopard 1 |
 |
| léopard 2 |
 |
| léopard 2 |
 |
| léopard 3 |
 |
| léopard 3 |
 |
| Mathieu à la traversée facile de Rivière de l'Est |
 |
| moi dans la tempête |
 |
| otarie mâle |
 |
| tapis d'acaena et le lac devant les monts du Château |
 |
| tapis d'azorelles devant les monts du Château |
 |
| Yves à la traversée facile de rivière de l'Est |
Voilà, là s’arrête mon récit du jour où j’ai vu les
léo !
Vous pouvez éteindre votre ordinateur et reprendre une
activité normale.
Dans la tempête, même avec ton masque, je t'ai reconnu... Oui oui, c'est vrai :)
RépondreSupprimerEt puis dis donc, tu vas pouvoir écrire un roman !
Bisous de Haute-Savoie ou l'été se fait appeler "Désiré".