A Kerguelen, s’il nous arrive un problème
nous ne pouvons pas compter sur le PGHM ou le SAMU ou
l’hélicoptère pour nous secourir. L’hôpital le plus proche est à 10 jours de
mer. Si nous nous cassons la jambe ou la cheville en manip, là où il nous aura
fallu 6h de marche pour venir, il faudra 3 à 4 fois plus de temps pour revenir
en portant notre blessé. Nous n’avons aucun moyen de secours à part nous même.
C’est pourquoi le dispositif et les règles de sécurités sont vitaux.
Lorsque nous partons en manip,
nous devons impérativement être 3 minimum, avoir averti tous les chefs de service et chef sécurité, minimum 48h à l’avance, être en possession
d’une radio VHF qui fonctionne, avec batteries de rechange et d’une trousse à
pharmacie. Tout le monde a été formé aux gestes de premiers secours, et chacun
a été choisi et sensibilisé aux risques d’une telle sortie. Bref, on
n’improvise pas de sortie au dernier moment et on ne part pas seul. Ce sont des
règles élémentaires pour quiconque fait de la montagne mais cela peut s’avérer
pesant car si l’envie nous prend, un après midi, d’aller nous promener, ce n’est
pas toujours possible.
Pour les manipeurs qui partent pour plus d’une journée,
ils doivent faire une
vac (abréviation de vacation, terme marin qui désigne l’échange radio) de
départ de transit et une de fin de transit. De façon à ce qu’on sache
constamment où les chercher en cas de problème. En plus de ça, toutes les
personnes hors base doivent faire une vac quotidienne à 17h30. Chacun son tour,
on appelle le BCR (responsable des communications) et une fois que tout le monde
s’est identifié, il nous communique la météo. Si nous ratons une vacation, on
s’inquiète. Si nous ratons 2 vacations, toute activité sur base stoppe et nous
partons immédiatement à la recherche des manipeurs manquants. Vous l’aurez
compris, on ne rigole pas avec la sécurité.
Les distances pouvant être importantes,
2 relais radio couvrent l’essentiel du territoire. Le relais 26 situé de l’autre coté du golfe du Morbihan, face à PAF couvre toutes les
iles du golfe et quelques sites du sud. Ce relais n’est pas utilisé cet hiver
car nous n’avons plus de chaland. Le relais 27 est situé dans les monts du
château et couvre toute la péninsule courbet et le massif du Crozier. Ce relais est vital pour toutes les manips de cet hiver. Certains sites encore plus
éloignés, plus isolés, se trouvent trop loin des relais (leur portée est de 50km
environ) ou alors un relief empêche les ondes de les atteindre. Dans ces cas
là, on fournit un téléphone satellite qui, lui, est presque infaillible
(parfois, il n’y a pas de satellite au dessus de l’océan antarctique…) mais qui
coute un peu plus cher.
Les relais sont des antennes autonomes situées en hauteur
(pour mieux réceptionner et être reçu) qui reçoivent un message radio et le
ré-émettent. Elles sont alimentées par des batteries rechargées par des
panneaux solaires. Etant situés à plus de 600m d’altitude, ces panneaux peuvent
être recouverts de neige.
Qu’est ce qui se passe lorsque le relais tombe ?
C’est la panique.
C’est ce qui nous est arrivé Vendredi dernier.
Après 4 jours de tempête avec un vent d’est inhabituel, les
panneaux solaires probablement givrés et recouverts de neige n’ont pu recharger
les batteries convenablement et le relais a cessé toute émission en pleine
vacation quotidienne. A ce moment là, nous étions 3 manip sur le terrain, le
BCR commençait à nous donner la météo et ça a coupé d’un coup. Le BCR a alors
monté une équipe de secours pour aller changer les batteries et réparer le
relais. Ils sont donc partis un peu précipitamment, pas assez préparés et ont
vécu une aventure plutôt difficile, engagée et crevante. (Le récit de cette
manip de l’extrême est racontée par Antoine sur son blog tafotaaf). Ils ont
échoué à 600m du relais, dans le brouillard, dans la neige jusqu’aux genoux, avec
25 kg sur le dos après 6h de marche. Il était alors 15h et ils n’avaient plus
que 2h de jour pour rentrer. Ils ont donc déposé les batteries dans un coin
abrité et sont rentrés un peu plus légers. Ils sont arrivés après 4h de marche
dont 2 de nuit à Jacky où le 4x4 les as récupérés pour les ramener à la base.
Après cette déroute, nous avons préparé une seconde manip avec une route tracée au GPS, du matériel adapté, une météo
choisie et non subie. Je devais en faire partie mais la météo ayant été meilleure
cette semaine, le relais s’est rechargé tout seul, les panneaux solaires ont du
dégeler ou du moins en partie. Il n’est donc pas nécessaire pour nous de
s’engager dans une telle manip mais les préparatifs que nous avons fait ne
seront pas vains et pourront servir pour de futures interventions sur le relais.
Finalement tout repart comme avant.
Notre sécurité est assurée et nous allons faire
particulièrement attention à nos communications par radio.
Voilà comment on se rend compte que nous sommes dans un
environnement isolé et comment la nature nous rappelle de ne pas confondre
vitesse et précipitation.
La vacation quotidienne
est également un évênement important pour mon travail. Une
fois que le BCR s’est assuré que toutes les manip sont présentes et qu’elles
ont reçu la météo, je prends le relais et fais passer les messages. Ca peut aller
du simple mail pour avoir des précisions sur le protocole de manip à une
refonte totale du planning à cause d’une annulation de sortie chaland ou d’un
retard dans la reproduction d’une espèce suivie. L’été, la vacation quotidienne
peut durer jusqu’à 1h30. Je fais même parfois 3 à 4 vacations par jour pour
donner des réponses de mail ou des coordonnées GPS de balises à récupérer.
L’hiver c’est plus calme. D’abord parce qu’il y a beaucoup moins de manip, ensuite parce que les protocoles sont mieux établis car cela fait plusieurs
années qu’ils sont mis en place et ensuite parce que mes amis VSC posent leur
questions quand ils sont sur base avant de partir. Le planning est également
plus simple à gérer surtout avec l’absence du chaland. Cette vacation est donc
moins importante l’hiver. Cela reste
tout de même le seul lien au monde que nous avons lorsque nous partons en
manip. Et cela fait toujours plaisir d’avoir des nouvelles des copains, savoir
combien de poussins ont survécu, combien de chats dans les cages, si les
transects sont finis … Bref c’est notre moment facebook à nous, que nous allons
maintenant réduire au strict minimum pour ne pas décharger inutilement les
batteries du relais.
Si vous avez des questions sur notre dispositif de sécu,
n’hésitez pas à me contacter.
Salut Gillou !
RépondreSupprimerCa fait 2-3 mois que j'étais pas venu lire de tes nouvelles, mais c'est toujours un plaisir ! Merci pour tous ces détails, qui me font bien me rendre compte ce que tu vis, et qui confirment que tu aimes toujours autant ce que tu fais !
Bon vent !