La péninsule Courbet
abrite de nombreuses colonies de manchots royaux. La colonie
de Ratmanoff est probablement la plus grande des Kerguelen : 150 000
couples reproducteurs. A cela il faut ajouter les juvéniles (moins d’un an) et
les glandeurs (ceux qui ne se reproduiront jamais : 60% de la population
adulte si j’ai bien suivi). Ça fait un sacré monde. Un des programmes
scientifiques soutenus par l’IPEV étudie les manchots royaux sous différentes
formes (capacité de régulation de la température, de plongée en apnée, de jeûne
longue durée, de crèches pour le jeûne…) Et pour ça, une équipe de 2 scientifiques
vont passer 3 mois à la cabane de Guetter juste à coté de la manchotière (à
environ 10m quoi). Il a donc fallu amener tout leur matériel scientifique sur
place (il y en a du matos !). La cabane était déjà pourvue en nourriture
et en eau (prévoir de l’eau pour 1 mois, pas facile facile, eh oui il n’y a pas
l’eau courante dans toutes les cabanes).
Nous partons donc lundi matin de bon matin,
4 personnes : Thomas mon prédécesseur et moi dans le tracteur de tête, tirant une remorque
chargée à bloc, Romu et Pierre dans le tracteur derrière chargé d’une petite
benne suspendue. Il y a environ 30 km à faire d’abord dans les terres (6-7 km)
puis sur le bord de mer. Nous partons à 5h50 pour pouvoir passer les guets à
marée basse, le temps de trajet prévu est de 5 à 6h. Nous mettrons 2h30 pour
arriver à Morne, une cabane qui marque quasiment la moitié du trajet (un tout
petit peu moins en réalité). C’est là
que les problèmes arrivent :
-
Un des ruisseaux à traverser est devenu trop
profond : la dernière tempête a ramené des galets sur la plage et a bouché
l’écoulement de la rivière. Un petit lac
s’est donc formé faisant monter le niveau d’eau. On saute donc à terre,
attrapons pelle et pioche et en quelques minutes nous faisons une brèche qui
deviendra un véritable déversoir. En une petite demi heure, le niveau a baissé
d’une quinzaine de centimètres, nous pouvons passer.
-
Quelques kilomètres plus tard, une trappe du
capot de mon tracteur s’ouvre. On s’arrête pour regarder et constater que le
pot d’échappement s’est défait. Pas de problèmes, on sort les clés et le collier de serrage est replacé sans
difficultés. Nous pouvons repartir.
-
La place pour passer se rétrécit, le nombre de
bonbons (surnom des éléphants de mer juvéniles) augmente réduisant notre
vitesse à quelque chose proche du néant. Nous descendons pour les faire fuir
sans trop les brusquer. Nous avancerons au pas pendant près de 3h.
Finalement
nous arriverons à 13h15 quasi sans pause à Guetteur : 7h30
de trajet. La densité d’animaux m’impressionne, je suis chez eux, pas chez moi.
Juste avant d’arriver, nous avons eu le privilège de voir un léopard des mers
sur la plage, Romu qui vient en campagne d’été depuis 13 ans ne voit là que son
2ème léopard. C’est un véritable prédateur marin, dangereux comme peut l’être le requin ou l’orque, sur terre il est beaucoup moins dangereux.
Nous n’arriverons même pas à lui faire ouvrir la gueule pour admirer ses dents.
Arrivé à la cabane,
tellement heureux que je ne remarque pas la manchotière qui
se trouve juste après. Quelques secondes plus tard, le choc, ils sont tous là,
de magnifiques manchots royaux, des adultes, des juvéniles. Je fais le tour de
la cabane, nos scientifiques seront bien installés, tout confort : panneaux
solaires, chambres, cuisine, toilettes sèches mais pas de douche (et puis
quoi encore ?). On décharge le matériel, avant de s’apercevoir que la cuve
d’eau de 1000L est vide. Probablement une fuite ou un robinet mal fermé. On ne
peut pas laisser les scientifiques sans eau, la source est à 45 min à pied. 10
min en tracteur, 3 allers retours pour remplir 7 touques de 60 L (donc 60 kg…),
et la cuve est de nouveau remplie et les scientifiques ont de quoi voir venir.
Une fois ce ravitaillement
et quelques menus travaux effectués, tout le monde prend son
matériel de pêche (moi j’en ai pô), et direction la cabane Manchot à 20-25 min
où une jolie rivière regorge de truites. Pas celles de métropoles, celles des
kerguelen, où tu relâches celle qui font moins de 30cm et où au premier coup tu
choppes une truite de 60 cm. Les quelques furieux qui m’accompagnent vont en
pêcher une bonne douzaine. Nous rentrons à la cabane à la nuit tombante. Thomas
prépare les filets, Romu les petits oignons et le citron pour le carpaccio de
truite, moi l’apéro avec le saucisson. Puis pavé de truite rissolé avec riz et
épinard : la base des repas en cabane.
Le lendemain,
on repart, direction la base. Les bonbons sont un peu moins
présents sur le chemin, nous gagnerons 30 min sur la partie Ratmanoff-Morne,
pause manger du midi. Puis on repart. 30 min après avoir quitté la cabane de
morne, le 2ème tracteur émet une fumée jaune. On s’arrête, on
identifie la panne : un bouchon de purge à sauté, le pas de vis est resté
mais le chapeau est parti. C’est le liquide de refroidissement qui s’échappe.
Après avoir contacté le chef garage par radio, on décide de laisser le tracteur
sur place, on transvase le matériel dans la remorque, Romu et Pierre y montent
également et c’est reparti. Nous arriverons à 18h30 après 9h de trajet (dont
une bonne pause déjeuner à Morne). Le soir j’apprends à tirer les filets de
truite pour les mettre dans la saumure ou au congélateur. Je serai donc
autonome la prochaine fois.

















D'où l’expression casse bonbons parce qu'ils sont chiant ces bonbons.
RépondreSupprimerNon?!
Sinon vive la fiabilité des tracteurs!
Bravo les MacGyver !!!
RépondreSupprimerMême les agriculteurs des Kergué manifestent en tracteur avec des opérations escargot...
RépondreSupprimerManchot royal ? Si c'est royal, c'est riche et ça devrait payer l'ISF, non ? Y aurait pas besoin d'un agent du fisc aux Kergué ??
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