mercredi 8 octobre 2014

Je vous ai apporté des bonbons

C’est la saison de reproduction des éléphants de mer, les plages en sont recouvertes. Les gros mâles, les pachas, se battent pour  avoir leur harem de femelles avec lesquelles ils se reproduiront. On assiste donc à des combats de titans entre 2 mastodontes de plus de 2 tonnes chacun. Les rots fusent, le sang coule. Les plages s’organisent donc en harems, environ 40 femelles pour un mâle. Les femelles vont d’abord accoucher d’un mignon petit bonbon avant de se reproduire. A la naissance, les bonbons ont un pelage très noir, tout doux, ils jappent comme des petits chiens et ne pèsent qu’une quarantaine de kilo.
A l’OP 2 nous avons accueilli 2 nouveaux scientifiques qui viennent étudier ces grosses bêtes. Ils suivent donc 120 bonbons de leur naissance jusqu’au sevrage 3 semaines plus tard. En 20 jours, les bonbons passent de 30-40 kg à plus de 100-120. Malheureusement, les oiseaux guettent et ne laissent pas de place aux plus faibles. Régulièrement, des petits bonbons trop faibles pour se défendre ou dont la mère est trop épuisée meurent et servent de repas aux cracous, skuas et goélands.

Ensuite, nos 2 scientifiques posent des balises sur les femelles avant qu’elles ne repartent en mer. La balise va ainsi enregistrer les données de plongées, de déplacements, de caractéristiques de l’eau pendant près d’un an et lorsque l’éleph reviendra à terre, nous la déséquiperons pour récupérer toutes ces données. De cette manière, une quantité monstrueuse de données océanographiques sont accumulées. Données qui nécessiteraient un investissement énorme  en moyens et en temps si on devait les avoir par une campagne océanographique classique.
Aujourd’hui, je dois ravitailler Morne et Ratmanoff et, en même temps, amener les matériels de ces popeleph. C’est comme ça que je me retrouve à sauter sur le dos d’une eleph pour récupérer sa balise. Là, au milieu d’un harem, de tous ces eleph et de leurs petits bonbons qui aboient gentiment. Les paysages sonores et visuels sont très touchants.

J’ai également la chance de voir un léopard de mer juste devant la cabane ainsi qu’une petite aurore australe au dessus des manchots. La météo est peut être un peu difficile mais les récompenses sont à la hauteur.



































lundi 6 octobre 2014

Ma vie en cabane Morne


La météo en transit


Salut à tous! Lors de mon tour Courbet comptage canards, j'ai dû faire face à une météo particulièrement agréable. En témoignent les quelques vidéos ci après.Cela montre également les   paysages que nous traversons sur le tour Courbet.     
Bon visionnage!                                                                              






vendredi 19 septembre 2014

Winter is leaving ! Comme dirait l’autre…

 L’OP2 est venue, a vu, et est repartu.

 Reprenant tous nos militaires (sauf 2) et nous laissant une nouvelle cuvée KER65 qui promet de bons moments. En 5 jours (de mauvais temps évidemment), tout le fret logistique a été effectué, les passations de chacun ont eu largement le temps de se faire dans de bonnes conditions. Nous avons également récupéré notre chaland adoré … en mauvais état. Donc première mauvaise nouvelle, les sorties chaland prévues juste après l’OP ne pourront pas se faire, il faudra patienter un bon mois.
C’est également pour nous l’occasion d’accueillir de nouveaux scientifiques : les popeleph qui viennent pour étudier les éleph lors de leur naissance puis les femelles lorsqu’elles repartent en mer. Nous avons également 2 personnes supplémentaires de la Resnat pour l’étude et la régulation des espèces introduites, et la biosécurité. Les temps évoluent, les règles et méthodes aussi. Il faudra maintenant nettoyer et astiquer à fond les scratchs, semelles, poches de nos affaires au départ de chaque manip afin de contaminer au minimum les différents sites.

 C’est également l’occasion de recevoir quelques colis et quelques lettres. 

Après 6 mois de silence, je lis avec plaisir tous vos mots, et un grand merci pour les mets raffinés que je mangerai (ou boirai) en pensant à vous. J’ai également reçu mon nouvel appareil photo que je teste avec plaisir sous les bons conseils de Greg (pixophil.com).
Nous avons d’ailleurs de la chance, ces derniers jours, 2 fortes éruptions solaires sont émises en direction de la terre entrainant une très forte activité électromagnétique et donc des aurores australes. Malheureusement la lune est pleine et sa luminosité empêche d’apprécier pleinement l’aurore. C’est tout de même l’occasion pour moi de tester mon appareil et de faire mes toutes premières photos d’aurores.

 Le chaland étant en maintenance,

 les manip sur la péninsule courbet ont été faites cet hiver, nous sommes donc voués à rester sur base un petit moment. Evidemment, les jambes nous démangent et celles de nos arrivants aussi. Ils ont soif de découvrir au plus vite les beautés de cet archipel. J’ai donc organisé une petite sortie rando à la journée pour aller voir la grande cascade. Vous souvenez-vous en ? C’était ma toute première sortie de la base, la balade du dimanche. Bien sûr, à l’époque (en novembre dernier),  ce n’était pas loin de l’été et il faisait relativement beau. Ce coup ci, on est encore en hiver, la neige tapisse tout le trajet, et plâtre toutes les parois de la cascade. Un cratère de neige remplace la vasque d’eau. Le paysage est totalement différent et la météo est avec nous. C’est le pied, nous avons bien choisi notre journée. Je suis accompagné d’Aurélie, popmousse agent de la réserve et d’Yves notre nouveau Disker qui découvre les joies des transits dans les cailloux et les souilles et qui s’en sort parfaitement bien. Nous rentrons après 6h de marche des belles images plein la tête pour rejoindre tous ces gens qui ne demandent qu’à faire connaissance.
















Et pendant ce temps, le Marion ramenant nos collègues, vient d’arriver à la Réunion pour voir que le vol Air France qu’une bonne partie devait prendre, a été annulé… dur retour à la réalité.

jeudi 4 septembre 2014

Les héros de l’ordinaire


 L’hivernage est terminé,

Ce soir le Marion Dufresne se présentera dans le golf du Morbihan face à la base Port aux Français. C’est l’OP2, un peu plus de 5 mois après l’OP1, elle marque la fin de notre hivernage. Pendant exactement 166 jours, nous sommes restés à 44 personnes sur une ile grande comme la Corse.
Ce n’est évidement pas le même hivernage que ceux d’Antarctique car nous avons eu la visite de nombreux bateaux : Guy, le voileux qui fait son tour du monde, l’Albatros, navire contrôleur de pêche, l’ile de la Réunion, navire de pêche… Nous avons même notre bibou qui a quitté le navire en route pour s’échouer sur l’ile de la Possession à Crozet. Nous ne sommes donc pas totalement coupés du monde.
Ce n’est pas non plus le même hivernage que ceux de l’Arctique qui sont dans la nuit permanente l’hiver. Mais nous avons pu observer un bon nombre d’aurores australes très actives. La météo n’est pas non plus celle des héros polaires mais le vent fort, le froid permanent se fait tout de même sentir. Et si nous aimons aller en cabane, titiller dame nature, et se sentir vivant lorsqu’il faut sortir du duvet le matin, c’est parce que nous savons qu’à quelques kilomètres, nous avons une base tout confort où nous pourrons nous réfugier le temps de se remettre de nos émotions et d’avoir envie de repartir.
Cette base est gérée par les militaires.

 Ce sont eux ces héros de l’ordinaire,

 qui malgré la météo, la disponibilité de matériel limitée, arrivent à vous faire fonctionner une centrale électrique avec 3 coups de clé à mollette et une bonne dose d’ingéniosité. Ce sont eux qui arrivent à maintenir en état des véhicules qui subissent de plein fouet les intempéries et qui vous sortent un tracteur pris dans les glaces d’une rivière avec 3 pelles, un tournevis, un câble et un autre tracteur. Qui enchainent 4 à 5 sorties par semaines d’une dizaine d’heures chacune pour faire le tour du golf et déposer les manipeurs à bon port ou encore, qui vous bricolent une antenne pour pallier à la panne d’un relais inaccessible. Bref, à seulement 16 personnes, ils arrivent à faire  tourner des installations pour une ville en autonomie complète, et ce dans un milieu isolé.

 Ce sont eux que le Marion vient chercher

pour les ramener à la vie moderne, ou sur d’autres théâtres d’opérations moins sympas que Kerguelen. En effet, cette OP2 est l’OP de la relève des militaires. Cela fait maintenant un an qu’ils sont arrivés et il est temps de laisser la place. Avec eux partent également le Disker, les cuisines, les Réunionnais, le service météo, et un personnel du Cnes. Sur les 45 hivernants, nous ne sommes que 16 à rester. C’est donc cette OP qui marque la fin de la mission 64 et le début de la mission 65. C’est l’occasion de remettre toutes les tensions à zéro, de repartir sur une base saine. Il va falloir accueillir les nouveaux, les aider pour la prise de leurs fonctions et être présent pour pouvoir répondre à leurs questions et interrogations. Leur faire découvrir notre monde, notre mode de fonctionnement et faire en sorte que tout roule lorsque, nous aussi, nous aurons à passer la main à la nouvelle génération.

Bref, en cette veille d’OP, je rends hommage à ces héros de l’ordinaire qui ont su nous accueillir avec chaleur et simplicité. Qui nous ont ouvert les portes pour nous faire découvrir leur monde et leur fonctionnement et qui repartent maintenant voguer vers de nouvelles aventures. Bon vent et bonne mer !


Prise de pouvoir à la météo


Ca y est c’est la rébellion, l’anarchie, la météo n’est plus, vive la météo !
Une étape supplémentaire est franchie vers la réduction des effectifs sur base. Jusque là, le service Météo France comportait 3 personnes : un chef météo, un prévisionniste et un technicien/électronicien. Ils se relayaient pour faire chaque jour les observations ou tours d’horizon aux heures fixes de 5h, 10h, 12h, 14h, et 17h, faire le lâcher de ballon quotidien à 00h ou 12h en temps universel, ce qui correspond à 16h chez nous. Ils font également les prévisions météo qui nous seront ensuite transmises à la vacation radio de 17h30. Et ce, 7 jours sur 7 et 365 jours par an.
Cela n’est plus. A compter du 1er septembre dernier, le service météo France n’est plus composé que d’un membre, qui effectue les observations de 10, 12 et 14 h, fait les prévisions pendant la semaine mais pas les weekends. Mais comment faire pour que les lâchers de ballons puissent être réalisés tous les jours à 16h même le weekend ? Les vats bien sur ! Ces petites créatures pas chères et efficaces qui ont déjà des impératifs journaliers. C’est ainsi que moi et mes 2 compères de géophy nous retrouvons opérateurs de radio sondage. A partir du 1er septembre dernier, nous sommes en charge des lâchers de ballons météo. Cela consiste à préparer le matériel, calibrer la sonde, gonfler le ballon à l’hélium puis lorsque tout est prêt, lâcher l’ensemble. Ce n’est pas sorcier ni même très technique, en revanche, cela nous permet et même nous incite à nous intéresser de plus près à la météo, de savoir décrypter les nuages, les nommer, enfin à comprendre le fonctionnement de l’atmosphère. Voila donc 2 mois que nous nous formons, que nous posons des questions sur l’apparition de tel ou tel nuage, sur le système dépressionnaire qui nous arrive dessus, sur l’anomalie anticyclonique qui a fait qu’on a eu des records de froid en août…
C’est également une formidable opportunité pour moi, qui aime tant les activités en montagne mais qui peuvent s’avérer dangereuses en fonction de la météo. Didier, le chef météo est passionné d’alpinisme et il pu répondre à la plupart de mes questions et interrogations.
Bref, j’apprends tous les jours quelque chose de nouveau.